Ce que le futur réserve
L'Express - March 10, 2003 - par Marta Dolecki
«Je ne dois pas obligatoirement utiliser
une boule de cristal, mais j’aime l’avoir près
de moi. Cela m’aide à me concentrer », affirme
la voyante Deborah Levin. M.D.
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Dans la devanture d’une boutique située sur la rue Dundas Ouest, un
tube de néon orange épouse les contours d’une petite main en acier.
Dans la pénombre de la nuit, le dispositif lumineux attire l’œil du
rare passant. Au-dessus de la boutique se trouve une inscription éclairée
par une lumière rosacée : «Voyante», peut-on lire. L’art de la divination
fait recette de nos jours. Selon un sondage réalisé en 2001 par la National
Science Foundation, un Américain sur six aurait consulté un voyant au
moins une fois dans sa vie.
Dans les grandes villes, de discrets locaux abritent les activités des
devins. Ces boutiques de l’ésotérisme sont devenues de véritables cavernes
d’Ali Baba pour les curieux qui en franchissent le pas. Nombreux sont
les gens qui veulent savoir ce que le futur leur réserve. Du centre-ville
à la périphérie, les rues de Toronto sont parsemées de magasins consacrés
au paranormal. Devins, astrologues et cartomanciens habitent ces mystérieux
endroits. Souvent, une odeur d’encens y flotte parmi les boules de cristal,
pentacles et autres breloques.
Rien de tel pour la voyante Deborah Levin qui officie dans un quartier
résidentiel de la rue Queen Ouest. Elle affiche un large sourire alors
qu’elle accueille le visiteur sur le pas de sa porte. Autour de sa paisible
demeure, des maisons victoriennes séparées par des jardins coquets forment
une ligne régulière.
Deborah Levin a commencé à pratiquer la voyance en 1993. Elle affirme
que, pour elle, la divination est tout juste une différente manière
de penser. «C’est comme un problème de mathématique, vous êtes capable
de choisir la bonne réponse parmi les scénarios possibles qui s’offrent
à vous », explique-t-elle. Ses cheveux tombant librement sur ses épaules,
vêtue d’un col roulé prune et d’un pantalon noir, Deborah Levin n’a
rien d’une inquiétante prophétesse qui lirait l’avenir dans les abats
de volaille. Se tenant sur le seuil de sa porte, elle fait signe d’entrer
à l’intérieur et éclate de rire lorsqu’elle affirme que Roman, le chat
de la maison, devrait bientôt arriver, désireux qu’il est de rencontrer
chaque invité.
Deborah Levin affirme avoir développé des dons de clairvoyance dès
l’âge de cinq ans. «Je voyais des gens et des images autour d’eux, un
peu comme une aura. Cependant, c’était difficile pour moi de parler
de ces choses-là car vous ne pouviez pas les dire en société », dit-elle.
Trente ans plus tard, parler de ces choses-là est devenu pour Deborah
Levin une occupation à plein temps. Le salon de sa maison fait office
de bureau. Les consultations qui se déroulent chez elle coûtent respectivement
80$ la demi-heure et 140$ l’heure.
Une petite table ronde sur laquelle trône une boule de cristal occupe
le milieu de la pièce. Deborah Levin affirme que ses visions lui viennent
sous forme d’un flot ininterrompu d’informations. «Je dis à mes clients
ce que je vois. Parfois, je vois juste des symboles, parfois, je vois
des événements qui se déroulent, comme un petit film», affirme-t-elle.
Le journal anglophone le National Post affirme que, pour l’année 2002,
Deborah Levin avait correctement prédit une hausse de 2% du dollar canadien,
une augmentation des prix du pétrole et, entre autres, la résignation
du ministre des Finances, Paul Martin. Deborah Levin affirme que le
National Post la consulte chaque année pour ses prédictions économiques.
Professionnels, stars et gens ordinaires font appel à la voyance. Selon
la National Science Foundation, le recours au paranormal est un phénomène
de plus en plus répandu. En 1990, 28% des personnes interrogées avouaient
croire aux maisons hantées. En 2002, ils étaient 43%. En 1997, 57% des
étudiants en journalisme diplômés de l’Université Columbia en Amérique
croyaient à la perception extrasensorielle. 47% d’entre eux croyaient
à la lecture des auras. Sur le moteur de recherche Google.ca, le mot
voyance renvoie à 91 700 pages Web.
David Reed, professeur de théologie à l’Université de Toronto, tente
d’expliquer pourquoi les gens se tournent de plus en plus vers le paranormal.
«Le fait de consulter un voyant a quelque chose à voir avec notre besoin
humain d’aller au-delà de notre monde, de façon à ce que nous puissions
avoir accès à un monde plus spirituel», dit-il.
«La voyance, les horoscopes ont connu un regain d’intérêt durant les
années 1970 et 1980. Les gens se sont détournés des institutions traditionnelles
et de la religion », explique-il. «Il y a également eu à cette époque
une désillusion grandissante. Nous avons découvert que la technologie
ne pouvait pas résoudre tous nos problèmes», dit-il.
«La technologie n’a pas donné un sens à la vie. De plus, alors que
les gens quittent l’église, il se crée un vide spirituel. Les gens cherchent
une connexion avec le surnaturel pour donner un sens à leur vie».